Geneviève Noufflard (1920-2016) aurait eu 100 ans le 23 juillet 2020.

Petit bout de femme intrépide et pleine d’énergie jusqu’à un âge très avancé, elle était la vieille dame la plus intimidante que j’aie jamais connue.

Franche et directe, en elle s’alliaient la rigueur scientifique de la collaboratrice du futur prix Nobel de médecine Jacques Monod, le courage de la Résistante aux côtés de son mentor et d’Albert Camus, la conscience aiguë de son devoir de mémoire envers ses parents –les peintres André et Berthe Noufflard–, ainsi qu’une vive intelligence et une culture hors du commun, et une dignité sourcilleuse particulièrement exigeante envers ses proches autant qu’envers elle-même, que tempérait un humour parfois redoutable qui masquait à grand peine le besoin de réconfort d’une grande dame solitaire révoltée par les infirmités de l’âge.

Mais la petite fille pétillait toujours dans son regard bleu de glace, cette petite fille que j’avais découverte dans les films de famille tournés par son père, André Noufflard, à partir de 1925.

Très vite, le projet m’a été confié de réaliser un documentaire à partir de ces films. C’est grâce à ces films, découverts au Pôle Image de Haute-Normandie (Rouen) par Stefano Vincieri et Federica Parretti, que j’avais appris à connaître celle qui signait alors ses lettres “Genouf” et exécutait révérences et cabrioles devant la caméra paternelle et l’invitée de marque, l’amie de la famille: Miss Paget.

Témoin exceptionnel, Geneviève Noufflard, qui avait connu et fréquenté Vernon Lee entre 1925 et 1935, dont la mémoire était infaillible et qui était animée par le désir plein de nostalgie de mieux connaître les personnes qui avaient peuplé sa jeunesse et aimé ses parents, devint une collaboratrice de recherche précieuse.

Très méthodique et ayant déjà effectué avec sa soeur Henriette Noufflard-Guy-Loë un remarquable travail pour l’ouvrage André Noufflard, Berthe Noufflard, leur vie, leur peinture (prix de l’Académie Charles Blanc en 1983), Geneviève Noufflard était soucieuse de compléter et de mettre à jour les fiches cartonnées et les carnets où elle consignait les données relatives aux oeuvres picturales de ses parents et aux films de son père.

Nous nous sommes rapprochées, grâce à Miss Paget et peut-être à la musique.

Geneviève Noufflard (flûtiste) et son ensemble

Grâce, à n’en pas douter, au dévouement du Dr Gilles Pasquet, dont la présence solide et attentionnée la rassurait, et qui partageait avec elle le goût de l’aventure. Il rendit possible l’escapade à Fresnay-le-Long où ensemble nous découvrîmes le corpus des lettres échangées entre Berthe Noufflard et Miss Paget (Vernon Lee).

Ce corpus considérable qu’elle vint présenter avec nous quelques mois plus tard à l’Institut Français de Florence, est aujourd’hui encore en cours d’inventaire.

Complice d’aventure, collaboratrice de recherche et amie, Geneviève Noufflard participa aussi à la création de l’International Vernon Lee Society, dont elle fut membre d’honneur.

Sa mémoire et les documents auxquels Geneviève Noufflard nous a donné accès nous accompagnent et nous inspirent chaque jour. Nous sommes heureux et fiers d’avoir eu le privilège de la connaître et de la faire connaître, notamment par le webdocumentaire auquel elle a activement participé. Ces images sont librement accessibles sur Vimeo, sur notre chaîne Vernon Lee Online. Retrouvez les 3 épisodes de son récit des visites de Vernon Lee à la famille Langweil-Halévy-Noufflard:

https://vimeo.com/channels/1269849/225662281

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